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La malédiction des banques

Vendredi 30 septembre 2016 à 09h00
Catégories : EUROPE, Revue de presse

Deutsche Bank et Wells Fargo, comme de nombreuses banques avant elles, ont été érigées en modèle avant de traverser de sérieuses difficultés. En plus d'être « trop gros pour faire faillite », les géants bancaires sont peut-être devenus trop complexes pour être gérables.
 
C'était en juillet 2011. Le magazine « Euromoney », une référence dans le monde de la finance, organise sa traditionnelle cérémonie de remise de prix. Et, cette année-là, la récompense la plus prestigieuse, le titre de « meilleure banque mondiale », est décernée à Deutsche Bank. « Ce qui est le plus remarquable avec cette banque, c'est qu'elle réussit à dégager une excellente rentabilité dans chaque activité, et ce, dans un monde financier en plein chamboulement », affirme « Euromoney ».
 
On connaît la suite, qui ressemble à une longue descente aux enfers. Son modèle d'affaires n'a pas résisté à ces fameux chamboulements, plusieurs de ses patrons ont été remerciés, et la banque s'est retrouvée au coeur de nombreux litiges, de scandales de manipulation des marchés à une affaire de blanchiment d'argent en Russie, en passant par les « subprimes » aux Etats-Unis. Le département américain de la Justice a porté l'estocade il y a quinze jours en annonçant qu'il réclamait une amende de 14 milliards de dollars pour cette dernière affaire.
 
Même si la facture ne sera pas aussi salée, il n'en fallait pas plus pour relancer les spéculations sur la solidité de Deutsche Bank. Son cours de Bourse s'est effondré et Berlin aurait commencé à plancher sur un sauvetage public, comme aux plus sombres heures de la crise financière... Ou comment passer du statut d'icône respectée et admirée par ses pairs à celui de pestiféré.
 
Dans le monde bancaire, Deutsche Bank est loin d'être le seul à avoir connu pareille trajectoire. Lehman Brothers a été longtemps l'objet de louanges avant d'entraîner le système financier mondial dans sa chute. Royal Bank of Scotland était un modèle au Royaume-Uni jusqu'à son OPA déraisonnable sur ABN AMRO. Il est toujours contrôlé par l'Etat britannique aujourd'hui. UBS était la star de la gestion de fortune avant d'être rattrapé par une série de scandales. Les palmarès des « Best Global Banks » sont pleins de ces établissements portés aux nues avant d'être voués aux gémonies. Même les banques qui se tiennent à l'écart de Wall Street sont concernées. En 2013, l'américain Wells Fargo était désigné « meilleure banque du monde ». Jeudi, son patron a dû piteusement rendre son bonus de 41 millions de dollars. L'établissement, célèbre pour avoir financé la conquête de l'Ouest, a longtemps cultivé son image de banque préférée des Américains et de coqueluche de la Bourse. Il est tombé de son piédestal pour une sombre affaire de fraude : des milliers de conseillers de Wells Fargo ont créé des comptes fictifs dans le seul but d'atteindre leurs objectifs commerciaux...
 
Une formidable accélération
 
Toutes les grandes banques ont eu leur lot de déconvenues. Plus ou moins graves, plus ou moins bien gérées. Comme s'il existait une sorte de malédiction. Un virus qui les rattraperait dès lors qu'elles atteignent une trop grande taille. Ce syndrome a un nom, c'est celui du « too big to fail », ou « trop grand pour faire faillite », qui a donné lieu à une épaisse littérature économique. Plus un établissement grossit, plus il est interconnecté aux autres entités financières : concurrents, investisseurs, infrastructures de marché...
 
Une fois qu'il a atteint une certaine taille, sa faillite provoquerait de telles perturbations que les pouvoirs publics n'auront d'autres choix que de le secourir. C'était le cas de Continental Illinois Bank en 1984, le premier géant bancaire à être renfloué par l'Etat américain parce qu'il était « too big to fail » (l'expression est apparue à ce moment-là). C'était le cas d'AIG ou de Merrill Lynch, qui ont dû être sauvés juste après la faillite de Lehman Brothers en 2008.
 
C'est sans doute le cas de Deutsche Bank, qui préoccupe tant les autorités allemandes aujourd'hui. On voit bien à quel point cet engagement a posteriori de la sphère publique fausse la donne. Les grandes banques savent qu'elles bénéficieront quoi qu'il arrive de cette forme de garantie étatique. Elles ne sont pas aussi disciplinées qu'elles le devraient et commettent des erreurs qui peuvent leur être fatales... jusqu'à l'intervention publique.
 
Mais sur ce premier syndrome s'en est peut-être greffé aujourd'hui un deuxième. Les grandes banques ne sont pas seulement « too big to fail », elles sont aussi devenues « too complex to manage », ou trop compliquées pour être gérables. Depuis une trentaine d'années, la finance mondiale a connu une formidable accélération, à la fois en matière d'innovation et de technologie. L'électronique a envahi les salles de marché, le numérique et les algorithmes ont pris une place centrale, la mondialisation a amené les banques à déployer leur modèle sur tout le globe. Dans des marchés qui ne dorment jamais, les échanges quotidiens se comptent en milliers de milliards de dollars. Les instruments financiers sont devenus de plus en plus sophistiqués, échappant parfois à leurs créateurs...
 
L'exemple le plus éloquent est celui des CDS, ces contrats d'assurance sur les défauts des entreprises inventés dans les années 1990 par JP Morgan. L'intention était louable - réduire les pertes de crédit -, le résultat catastrophique - ils ont attisé la bulle immobilière et la crise des « subprimes ». Même pour les meilleurs dirigeants, même pour les équipes de contrôle les plus pointilleuses, même pour les régulateurs les plus exigeants, il est devenu extrêmement difficile d'avoir l'oeil sur l'ensemble des risques pris par un géant bancaire. Aujourd'hui encore, qui saurait dire ce que recèle le portefeuille de dérivés de Deutsche Bank ?
 
Trop gros pour faire faillite, trop complexe pour être maîtrisé...
 
Les banquiers argueront que ce constat est valable dans bien d'autres secteurs. Volkswagen doit peut-être une partie de ses difficultés à sa taille, sa domination et sa complexité. Mais il est encore plus urgent de régler cette question dans le secteur bancaire, car les conséquences d'une défaillance ne touchent pas que les salariés et les actionnaires. Elles concernent tous les citoyens, épargnants ou simples contribuables.
 
 


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